Armelle NORMAND
Mon travail est un témoignage et une réflexion sur « le vivant » dans son ensemble. C'est une tentative d'incarnation, mais plutôt de révélation de toutes formes d'êtres au monde. Parce que les corps sont porteurs de mémoire dans des traces de toutes sortes, leur incarnation et les évènements qui les ont façonnés sont l'histoire du monde. Dès lors rendre compte de chacune des espèces est d'abord un hymne à la puissance de la vie dans sa beauté, sa diversité, dans son élégance ou sa brutalité. Ces espèces, pétries d'une personnalité propre témoignent du monde dans une écriture singulière. Ma démarche de création se fait comme celui d'un archéologue ou d'un laboureur qui tente de mettre au jour ces traces de présence. Mais au-delà je veux aussi en décrypter et en interpréter des mouvements plus intimes.

La question de(s) l'origine(s) et du travail de sédimentation qui nous a construit est centrale dans mon travail. Il ne s'agit pas de porter un regard anthropomorphique sur le bestiaire ou sur la nature mais d'en célébrer la présence, insignifiantes beautés ou signifiantes laideurs, tout cela, nécessaires à la vie. Au-delà de leur esthétique, l'animal ou la nature me fascinent parce qu'ils entretiennent un dialogue incessant et une complicité avec l'espèce humaine. Ces odyssée d'espèces (humaine, animale, végétale), chacune originale dans leur devenir, engagées dans une complicité créatrice se croisent, s'interpénètrent et s'associent pour faire œuvre commune de vie.
Les tenir ensemble me permet d'abord de rendre hommage à ces communautés nécessaires et d'en mettre au jour les correspondances, les connivences et les similitudes. Notre humanité « s'origine » et s'enracine dans cette « nature animale » et ne peut être sans elle : regarder l'animal et la nature c'est donc nous regarder nous-mêmes. Mon travail sur l'humain présente des corps nus. Débarrassés de toute forme de sophistication, les humains sont rendus à leur forme primitive, à « une animalité » des origines. La présence humaine dans l'affirmation des corps se conjugue à une interrogation plus inquiétante sur la légitimité de sa place dans le monde. Chacun est ainsi traversé par des questions ou des tragédies personnelles et collectives.

Entre la puissance de la vie, ses fragilités et les asservissements de nos sociétés, notre position d'acteur et de témoin « lucide » ou « éclairé » nous invite à réfléchir sur les conditions d'existence et de devenir de chacune de ces espèces. Comment l'humanité, dans sa trajectoire, peut-elle entretenir ce dialogue avec toutes les formes du vivant pour contribuer aux coopérations indispensables à l'épanouissement de la vie !

Armelle Normand