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| Présentation de mon
travail |
La Terre, le vivant... une seule et même origine. Depuis les temps immémoriaux on nous dit que l’homme et les autres créatures sont nés de la Terre. Terre féconde, matière puissante, débordante, éclaboussures d’argile, matière porteuse de tous les devenirs.
Je prends la terre dans mes mains, corps à corps violent et la façonne jusqu’à ce que la réalité apparaisse... que l’inconnu surgisse. « Art de pleine terre », mon travail se fait comme celui du laboureur : dans la masse, dans la boue. Je la laisse brute, dedans-dehors. La matière peut se faire et se défaire, rester à la limite de l’informe, s’accomplir ou se désagréger, je sens alors qu’elle a sa vie propre.
Mon travail est un témoignage et une réflexion sur la présence du « vivant » dans son ensemble : Témoignage par la matière et de la matière, travail d’incarnation de toutes les formes d’être à travers leurs empreintes et leurs traces singulières (humaines, animales, végétales).
Cette position de témoin nous oblige aussi à réfléchir sur les conditions d’existences et de devenir du vivant entre l’affirmation et la puissance de la vie et les fragilités et asservissements de nos sociétés.
Cette condition précaire oblige chaque être humain à interroger son rapport au monde : comment rendre compte de cette humanité dans l’ensemble du vivant, quels dialogues pouvons nous entretenir avec la nature et comment inscrit dans une trajectoire, pouvons-nous contribuer à l’épanouissement de la vie.
Le bestiaire est d’abord un hymne à « la nature », un éloge de la beauté et de la diversité de la vie animale et sauvage.
Chaque créature, pétrie d’une personnalité propre, témoigne d’une façon d’être au monde. L’essence de mon travail sur le bestiaire vise à saisir ce mouvement intime.
Mais si l’animal, porteur de cette esthétique particulière me fascine, c’est aussi parce qu’il appartient au monde du vivant et qu’il entretient une complicité avec l’espèce humaine. Notre humanité s’origine dans cette animalité et ne peut être sans elle. Regarder l’animal et la nature c’est donc nous regarder nous même. C’est interroger notre regard, et nos rapports avec l’ensemble du vivant, et nous interroger sur notre devenir.
C’est cette confrontation à la vie, cette réciprocité de l’homme et de l’animal qui guide ma main dans la terre. Odyssée d’espèces, chacune originale dans son devenir. Il s’agit d’un tête à tête engagé, ensemble dans l’aventure de la vie. Ces destinées se croisent, s’interpénètrent, s’associent pour mieux resplendir dans leur spécificité propre : elles sont indissociables.
Le monde contemporain en l’oubliant, ou en l’abimant s’éloigne de son essence première et met en péril les échanges indispensables au développement de la vie.
Les tenir l’un et l’autre ensemble dans mon travail me permet de rendre hommage à ces communautés nécessaires.
Armelle Normand
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